Pic Maubic et Pic Long juin 2018


Course d'arête au Pic Maubic et Pic Long

 

   Un intensif week-end d'alpinisme avec ascensions et courses d'arête entre le Pic Maubic et le Pic Long le samedi, et le petit Pic des Alharisses le dimanche. Merci Patrice de nous avoir concocté ce joli programme !

 

   Arrivés dès le vendredi 22 juin au soir, les 9 participants se scindent en deux groupes pour la nuit, les uns dormant sur les rives du lac de Cap de Long, et les autres un peu plus bas, au Chalet-Hôtel d'Orédon, situé à côté du lac éponyme.

 

   Réveil au (très) petit matin pour tout le monde, retrouvailles et préparatifs au lac de Cap de Long, à 2160 mètres d'altitude, pour un départ à 5 heures du matin.

 

   Il fait encore nuit noire, et les premiers pas dans les énormes éboulis de granit permettent de se mettre un peu en jambes, en faisant attention de ne pas se tordre une cheville, car on en aura bien besoin au fil de cette longue journée. Les passages scabreux sur les nombreux névés, bien pentus et plongeant directement dans le lac, nous donnent le ton pour la suite : il y aura de la neige, beaucoup de neige, et nous éviterons donc les difficultés de la marche sur moraines !

 

   Le cheminement est long, interminable même, pour parvenir jusqu'au bout du lac, et nous nous payons même le luxe, après avoir loupé le sentier montant à mi-chemin, de le retrouver en montant droit dans la pente raide d'un couloir caillouteux et humide du petit ruisseau qui le dévale, ce qui nous vaudra de devoir nous encorder pour la première fois de la journée, et de passer une bonne heure à l’œuvre. Quand on aime, on ne compte pas !

 

   A 6 heures et demie, le grand soleil est là, et nous dépassons enfin l'extrémité du lac, dont nous nous éloignons en montant régulièrement.

 

   Une petite pause à 8 heures pour nous préparer à ce qui nous attend maintenant, c'est à dire une longue et régulière ascension vers le Pic Maubic qui nous attend patiemment du haut de ses 3058 mètres d'altitude.

 

   C'est à 10 heures, et après 900 mètres de dénivelé, que nous arrivons enfin à son joli sommet tout enneigé, un peu fourbus après ces 5 heures d'efforts. Une bonne partie de son ascension a été réalisée en crampons, ce qui nous a bien arrangés au final. Ambiance glacier et haute montagne, nous avons de la chance !

 

   Mais la suite ne sera plus de neige, mais de rochers, et c'est là que les aventures commencent pour de bon !

 

   L'arête vers le Pic Long se présente devant nous, déchiquetée et austère. Hou là là, elle en impose...Les regards se croisent et jaugent les difficultés et le temps nécessaire à réaliser la course. On y va, on n'y va pas ? Trois cordées de 3 grimpeurs risquent d'y passer un temps considérable !

 

   Après mûre réflexion et discussions, 6 d'entre nous préfèrent se réserver pour la course de demain dimanche et décident de redescendre tranquillement par le même tracé que celui de la montée, et 3 autres se préparent pour la suite de l'ascension vers le Pic Long.

 

   Mais le temps passe vite et il reste de nombreuses heures d'effort à fournir, et nous n'avons donc pas trop le loisir de profiter du magnifique paysage !

 

   C'est parti, direction sud ouest !

 

   La cordée progresse en V, Patrice ou Benoit en tête, et Marc, le néophyte, en premier second. Le cheminement, la pose des points d'assurage, l'assurage des seconds, la récupération du matériel, les manœuvres de cordes s'enchainent durant des heures.

 

   Les passages des gendarmes et leurs courtes descentes en rappel viennent pimenter la progression. Quelques passages plus scabreux donnent un peu plus de mal au premier, mais nous avançons régulièrement quand même sans aléa majeur.

 

   Enfin, voici enfin l'arrivée au sommet du Pic de Long, à 14 heures !

 

   Juste le temps de grignoter quelque chose, de prendre 3 photos, et nos deux meneurs sont déjà sur la voie de la redescente, direction sud est pour commencer, sur l'arête surplombant l'immense névé.

 

    Il faut aller loin sur cette arête pour découvrir enfin le point de descente en rappel, à La Hourquette du Pic Long, où nous trouvons les anciennes cordes et l'anneau de rappel.

 

   A 16 heures, après avoir posé un nouvel anneau de corde aux anciennes pour garantir notre sécurité, le rappel de 70 mètres est prêt, et nous pouvons rapidement descendre cette paroi impressionnante pour atteindre le névé du glacier de Pays Baché très pentu à cet endroit.

 

   Aucun risque et aucune difficulté pour dévaler à toute allure cette immense pente neigeuse, en direction nord est.

 

  A 17 heures, nous retrouvons des zones de pentes herbeuses et caillouteuses, pas nécessairement confortables. Les jambes sont lourdes, et il nous tarde de pouvoir enfin nous reposer.

 

   Mais c'est pourtant loin d'être terminé, et il nous faudra encore 2 heures d'efforts soutenus, jusqu'à l'arrivée au Lac de Cap de Long, pour retrouver à 19 heures nos compagnons qui nous attendent et nous accompagnent sur les dernières centaines de mètres en nous soulageant de nos sacs. Quel plaisir !

 

   Il nous aura donc fallu 14 heures pour réaliser la boucle complète ! Une belle journée d'efforts et des moments magnifiques !

 

Compléments techniques sur le déroulement de la course

 

La première partie de l’arête se fait quasiment à corde tendue jusqu’au premier gendarme. Son escalade ne pose pas de problème particulier et son sommet est équipé pour le rappel.

 

Étant en retard sur notre horaire, nous avons choisi d’éviter le deuxième gendarme en faisant  un rappel de 15 à 20 m jusqu’à une grande terrasse versant « lac Tourrat ». A partir de cette terrasse nous avons rejoint le fil de l’arête au pied du grand ressaut sombre de 30 m.

 

Pour le retour, suivre les indications du topo C2C. En début de saison, quand la neige remonte assez haut, un seul grand rappel suffit entre la Hourquette du Pic Long et la neige.

 

Faire cette course en début de saison permet d’allier course de neige et course d’arête. La neige lui donne un caractère plus alpin.

 

Pour la durée de cette course, ne pas se fier simplement au dénivelé mais bien prendre en compte la longueur du cheminement le long du lac de Cap de Long et la longueur des arêtes depuis le pic Maubic jusqu’à la Hourquette du Pic Long.

 

Patrice

 

Le point de vue de Marc, le néophyte...

 

   A 60 ans, après quelques années d'initiation au club, et un très récent stage "terrain d'aventures" dans le Caroux, c'était enfin l'occasion rêvée pour me confronter à la réalité de la découverte d'une course d'arête.

 

   Quelques semaines auparavant, j'avais émis le souhait de participer à cette sortie à Patrice, son organisateur. Il m'avait gentiment accepté, tout en sachant que cela n'allait pas être de tout repos pour moi, et que j'allais retarder la progression de la cordée.

 

   Une nuit sans sommeil au Chalet Hôtel d'Oredon, et les 5 heures de montée jusqu'au sommet du Pic Maubic n'étaient rien devant la suite qui m'attendait ! Ah oui, ça fait vraiment peur de se trouver là, à 3000 mètres, dans ce milieu minéral austère, vertical et dentelé.

 

   Une sourde angoisse me tord le ventre, mais j'essaie de ne rien laisser paraitre, et de me dépêcher de m'équiper sans trop retarder le départ. Benoît me pousse à ne pas lambiner et je comprends qu'on n'est pas là pour trainasser ! Alors j'y vais !

 

    Mon piètre pied (non) montagnard, mon sac et mes chaussures inadaptés et trop lourds, mon pantalon corsaire et mon baudrier qui ne cessent de descendre et que j'ai dû remonter au moins une centaine de fois durant la course me font comprendre l'extrême importance de l'équipement...Tant pis pour moi, je souffre stoïquement, c'est le métier qui rentre !

 

    Heureusement, Patrice et Benoît sont adorables avec moi, ils me rassurent et me guident en douceur. Grâce à leur soutien et à leur contrôle, je me sens en confiance, et je peux progresser sans trop de stress.

 

    J'essaie d'observer, de repérer et de comprendre les manœuvres, et parfois de participer si je peux aider. Il n'y a pas meilleure occasion d'acquérir un peu d'expérience, alors j'en profite à fond !

 

   Je remarque et j'admire la rapidité et le calme d'exécution, l'apparente sûreté de mes experts compagnons de cordée. Impressionnant !

 

    Une fois au sommet, pas de temps à perdre. Il faut maintenant redescendre, et ce n'est pas le moindre problème.

 

    La désescalade, la recherche du point de rappel, le rappel, la redescente sur le glacier...sont interminables pour moi, et j'ai du mal à suivre le rythme. Ma fatigue, mon équipement médiocre et mon inexpérience ralentissent notre progression, mais heureusement mes compagnons m'attendent patiemment. Les derniers névés abrupts plongeant dans le lac de Cap de Long, et les dernières pentes montantes du sentier, finissent de m'achever !

 

   Nous arrivons enfin à 19 heures au bout de nos peines pour rejoindre le reste du groupe qui nous attend pour redescendre en voitures jusqu'au Chalet Hôtel d'Oredon, où nous retrouvons les nouveaux arrivés pour la course du lendemain.

 

   Une des meilleurs bières que j'ai bues de ma vie, et un repas sympa, et hop, au lit jusqu'à demain matin où l'arête des Alharisses nous attend !

 

   Une sacrée initiation, y'a plus qu'à recommencer en tenant compte des acquis !

 

   Merci Patrice, merci Benoit, et admiration ! Marc

 


Et en prime, voilà la trace gpx de cette course d'arêtes au départ du lac Cap de Long, du  Pic Maubic au Pic Long et descente en rappel depuis la Hourquette du Pic Long.


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Arête du pic Long par le pic Maubic
Arête pic Long par pic Maubic.gpx
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