40 Mont Perdu  et vire des fleurs septembre 2016

Mont Perdu 10/09/2016

Le tunnel de Bielsa nous conduit dans les mystérieuses Pyrénées du Sud, à la vertigineuse beauté. Déjà, la très étroite route remontant le rio Bellos au fond d’un profond canyon donne le ton. Le mirador de San Urbez permet alors de mesurer le gigantisme et la majesté du canyon de Niscle au soleil couchant, avant d’atteindre le village perché de Nérin où nous passerons deux nuits.

Au petit matin, le bus du Parc National nous permet en quelques minutes de gagner un bon dénivelé jusqu’au Col Arenas. Nous dominons très vite la profonde entaille du canyon d’Arrazas, avec une vue panoramique sur les Trois Sœurs : le Cylindre du Marboré, le Soum de Ramond et le Mont Perdu, notre objectif du jour. L’air est léger et la visibilité excellente, mais le refuge de Gaulis encore dans l’ombre au bout du canyon est encore à une dizaine de kilomètres.

Nous sommes neuf, Martine, Michèle, Monique, Benoit, Guy, Hervé, Jacques B, Jacques T et Jean-Marie, à traverser le magnifique plateau au-dessus de la vallée d’Ordesa et du cirque de Soaso jusqu’au refuge où nous retrouvons Béatrice et Alain qui ont bivouaqué dans le secteur. Il ne nous reste plus qu’à gravir les 1200 m de dénivelé jusqu’au sommet. Nous passons à l’Etang Glacé puis remontons péniblement le couloir dépourvu de neige mais pas d’éboulis croulants sous les pas. Nous mesurons notre chance de se trouver à 3355m sur le troisième sommet des Pyrénées. Ramond, le découvreur du Mont Perdu, naturaliste délicat, écrivait : « Du Mont Blanc même, il faut venir au Mont Perdu. Quand on a vu la première des montagnes granitiques, il reste à voir la première des montagnes calcaires ». Au nord, la Brèche de Tuquerouye s’ouvre au-dessus du Lac Glacé du Marboré pour contempler le lac des Gloriettes et le cirque d’Estaubé. Que du bonheur !

Il reste à faire le chemin inverse avec des points de vue différents, sous une lumière plus chaude, jusqu’au col Arenas. 1550 m de dénivelé positif, 23 km et 11 h de marche, nous sommes bien contents de ne pas louper le dernier autobus pour retrouver Nérin, 12 km plus bas.

Vire des fleurs 11/09/2016

 

Aujourd’hui, nous descendons vers Torla pour entrer dans le sublime canyon d’Arrazas, le Colorado pyrénéen, joyau du Parc national espagnol d’Ordesa, l’un des premiers parcs, créé en 1918. A voir la raideur des flancs du canyon, on imagine mal qu’un sentier facile, la vire des fleurs, traverse ses murailles verticales presqu’à leur sommet.
Le Tozal del Mallo est la tour verticale qui défend d’une audacieuse élégance l’entrée du prodigieux canyon. Mais pour en prendre la mesure, il faut s’élever de 1200 m par un raide sentier et un système de petites vires (les fajitas qui n’ont rien de mexicaines) et d’escalade facile jusqu’à l’attaque de la vire, à 2384 m d’altitude.
Alors là, sur 3,7 km, le spectacle est impressionnant. Perchés sur cette corniche naturelle au-dessus du vide, entre les vertigineux précipices, l’immensité et la splendeur du site, nous nous sentons pousser des ailes. A l’un des détours de la vire, on voit brusquement apparaitre le Cylindre et le Mont Perdu où nous étions la veille. Puis le Casque, la Brèche de Roland et le Taillon s’offrent à nos yeux ébahis, alors qu’à nos pieds, un parterre de milliers d’edelweiss guide notre chemin! La vire s’évapore et nous descendons par des lapiaz sur les pelouses du cirque du Cotatuero. Une harde d’isards pas farouches du tout nous regardent passer avec curiosité.
Mais il est temps de s’équiper, baudrier, sangles, mousquetons et corde pour descendre la falaise verticale équipée de barres de fer, les clavijas, une via ferrata avant la lettre. Ces clavijas furent installées pour permettre à un chasseur britannique, M Buxton, d’accéder à ses terrains de chasse favoris. Le passage est court mais aérien, avant de rejoindre le sentier de descente et le parking d’Ordesa.
Nous voici tous les six : Martine, Monique, Guy, Jean-Marie, Jacques T et Jacques B formidablement heureux d’avoir découvert « la plus belle randonnée des Pyrénées » comme l’écrivait Patrice de Bellefon.